En Route pour L'aventure
Suivez les aventures de nos agents de la SCEP tout autour du monde

Chapitre 1
La
Bolivie
Visite de la SCEP
Le vendredi 03 mars 1933 au environ de 13h30
Nos héros se retrouvent à Arkham afin de répondre à l'invitation de Charles Clayton brown , le directeur de la SCEP.
Le Bâtiment
Cette journée de mars est couverte sur Arkham, un brouillard épais venu de la rivière Miskatonic. Les pavés sont humides, et le vent coupe comme une lame fine. C’est dans cette atmosphère que vous arrivez au croisement de West River Street, là où le fleuve disparaît derrière un rideau de brume.
Au milieu de cette rue silencieuse s’élève un bâtiment massif, impossible à deviner si l’on ignore ce qu’il abrite, et pourtant parfaitement reconnaissable maintenant que vous y êtes.
Un ancien entrepôt — ou peut-être une petite caserne — fait de briques rouges sombres, reposant sur un soubassement de pierre brute.
Dans cette brume , l’édifice a quelque chose de presque gothique :
fenêtres étroites, arcs de pierre, motifs géométriques gravés dans le fronton, comme si l’endroit avait été pensé pour inspirer la prudence avant même que l’on frappe à la porte.
Sur la façade, une enseigne récente tranche avec le reste :
AGENCE SCEP en lettres dorées sur fond noir.
La porte principale, haute, bardée de lourds rivets d’acier, porte un simple numéro : 10.
À côté, un garage fermé, et deux voitures stationnées dans la rue, immobiles comme des sentinelles.
Le bâtiment semble dormir… mais derrière les murs, on devine une activité discrète.
Des silhouettes passent fugitivement derrière des rideaux.
Un grondement sourd — peut-être une machine, une génératrice ? — résonne faiblement.
On dirait que la SCEP ne s’arrête jamais vraiment.
Lucien et Edward appuient sur le bouton en laiton à côté de la porte, le bruit sec d’un mécanisme interne résonne.
La serrure se déverrouille.
Et vous entrez.
L’accueil – Miss White
La chaleur vous enveloppe immédiatement. L’intérieur sent le bois ciré, l’encre fraîche et un parfum subtil de fleurs séchées.
Derrière un large bureau en chêne portant la mention SCEP Agency, une jeune femme relève les yeux. Ses cheveux blonds parfaitement ondulés, son collier de perles, son cardigan clair… et surtout ses yeux d’un bleu éclatant contrastent avec la sobriété du lieu.
« Bonjour, et bienvenue à la SCEP Agency. Vous aviez rendez-vous ? »
Sa voix est douce mais assurée. Ses mains glissent sur un registre relié de cuir. "Vous êtes?" Elle demande le nom de chacun d'entre vous? Elle reconnait Lucien et Edward et les salut. Calum se présente sans hésitation.
Elle vous donne un registre , vous signez en face de votre nom, puis elle appuie sur un petit bouton sous son bureau.
Un déclic retentit dans le couloir.
« Le Directeur Brown va vous recevoir. C'est la porte derrière moi . Et… bienvenue parmi nous. »
Elle sourit.
Le Directeur – Charles Clayton Brown
La porte s’ouvre sur un bureau où s’accumulent instruments scientifiques, fragments d’artefacts, livres anciens et photographies d’expédition. C’est un mélange improbable entre un cabinet de curiosités et un bureau de juge fédéral.
Charles Clayton Brown se tient debout, légèrement appuyé sur une canne au pommeau vert sombre (Jade ou Émeraude ?)
Il porte un costume trois pièces impeccablement taillé, une chaîne de montre traversant son gilet. Son visage est sévère mais digne, marqué par le temps… et par un cache-œil noir, autour duquel serpentent de fines cicatrices. Ses yeux — un seul visible — vous transpercent littéralement.
« Entrez, je vous en prie. Nous avons beaucoup à discuter. »
Son ton est calme, précis. Un homme habitué aux décisions lourdes, aux vérités que l’on ne peut pas toujours partager.
« Si vous êtes ici aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Vous avez des compétences… ou des expériences… qui nous seront utiles. »
" suivez moi je vais vous présenter le reste de notre équipe "
Présentation de Sam Price, mécanicien de la SCEP
Le Directeur Brown vous fait traverser le garage, où plusieurs véhicules de l’agence sont alignés, capots ouverts, outils étalés sur des établis. L’odeur d’huile chaude se mêle à celle du métal chauffé et des solvants.
Un jeune homme surgit soudain de derrière une voiture en cours de réparation, couvert de taches de graisse, les manches retroussées, un large sourire accroché au visage. Ses cheveux sont en bataille, son tablier maculé, mais ses yeux pétillent d’une énergie sincère et contagieuse.
Brown s’arrête et incline légèrement la tête dans sa direction.
« Voici Sam Price, notre mécanicien. »
Sam s’essuie vaguement les mains sur un chiffon déjà saturé d’huile, puis vous fait un signe enthousiaste.
« Bonjour ! Désolé pour le bazar, je suis en train de refaire le carburateur… et peut-être aussi la moitié du moteur, pour être honnête. »
Son accent racle un peu, comme celui des gamins des docks ou des quartiers ouvriers, mais sa voix déborde de bonne volonté.
Brown ajoute, d’un ton professionnel mais accompagné d’une lueur de fierté :
« Sam est arrivé chez nous il y a trois ans. Il a un don… extraordinaire pour faire fonctionner n’importe quoi. Même les machines qui, normalement, ne devraient plus tourner depuis 1910. »
Sam rigole franchement :
« Oh, vous savez, avec un peu d’acharnement, un marteau et beaucoup de café, on peut remettre en marche presque tout ! »
Il se tourne vers vous, comme heureux d’avoir un public :
« Si vous avez besoin de votre voiture réparée, d’un moteur modifié ou juste de savoir pourquoi ça fait clang clang au lieu de vrrrrm, je suis votre homme. Clyde m’aide pour les gros travaux, mais pour les moteurs, c’est moi le boss ! »
Il pointe du doigt une vieille berline noire en réparation :
« Celle-là va vous servir bientôt, je le sens. Je lui fais une petite beauté… et une ou deux améliorations. Mais chut, c’est une surprise. »
Brown reprend la direction du couloir :
« Vous verrez, Sam fait parfois un peu de bruit, mais il est indispensable. Et je préfère mille fois un atelier bruyant à un moteur silencieux… juste avant de tomber en panne. »
Sam vous adresse un dernier sourire large, sincère, presque contagieux.
« Bonne chance là-haut ! J’essaierai de faire en sorte que vos véhicules ne vous explosent pas à la figure ! »
Vous poursuivez la visite tandis qu’il replonge sous le capot dans un cliquetis d’outils.
Présentation de Clyde Tucker, l’homme à tout faire de la SCEP
Alors que vous avancez dans le couloir, suivant le Directeur Brown en direction des ateliers du rez-de-chaussée, un bruit métallique retentit : un coup de marteau, un outil qu’on repose, un juron murmuré. Brown ralentit légèrement le pas et désigne du menton une silhouette qui se redresse derrière un établi.
Un homme robuste, la quarantaine, chemise retroussée, salopette couverte de taches d’huile séchée et de traces de peinture.
Des bras noueux de travailleur, le visage éclairé par un sourire franc, les joues marquées de taches de rousseur.
Brown annonce :
« Messieurs, Mesdames… voici Clyde Tucker, notre homme à tout faire. Et croyez moi : ici, cela signifie tout faire. »
Clyde essuie ses mains sur un chiffon déjà trop sale pour être utile et vous adresse un signe de tête chaleureux.
« Enchanté. Si quelque chose tombe, casse, se bloque, s’enflamme ou fait un bruit qui ne devrait pas exister dans le monde réel… c’est généralement moi qui m’en occupe. »
Brown esquisse un rare sourire.
« Il entretient nos véhicules, répare nos radios, renforce nos équipements et… disons simplement qu’il sait bricoler des solutions là où la logique perd son latin. »
Clyde hausse les épaules avec modestie.
« Je ne fais que tenir cette vieille baraque debout. Et veiller à ce que vous reveniez vivants avec vos joujoux en un seul morceau. »
Son regard se fait un instant plus sérieux, presque complice.
« Si vous avez besoin d’un ajustement, d’un outil spécial, d’un dispositif de terrain… passez me voir. On peut toujours arranger quelque chose. »
Brown reprend la marche.
« La SCEP ne fonctionnerait pas sans Clyde. Même si je n’admets pas trop souvent à quel point. »
Clyde lui lance un sourire en coin :
« Vous venez de l’admettre, Directeur. Je prends note. »
Les rires s’éteignent doucement sous le bruit des outils, tandis que vous poursuivez la visite.
Présentation de Miss Moore
Alors que Brown vous guide à travers le rez-de-chaussée puis vers l’escalier qui mène au premier étage, le groupe aperçoit une silhouette familière pour quiconque fréquente les lieux : une femme de 50 ans, vêtue d’une robe sombre très soignée, tablier blanc noué avec précision, un seau en bois à ses pieds et un chiffon dans la main.
Brown marque une courte pause, comme par respect, puis se tourne vers vous.
« Permettez moi de vous présenter Miss Eleanor Moore. »
La dame lève les yeux, vous observe un instant, puis vous sourit avec une chaleur simple et directe — un contraste saisissant avec la froideur du bâtiment et les secrets qu’il renferme.
Brown poursuit :
« Miss Moore est notre gouvernante, mais cela ne rend absolument pas justice à son rôle ici. Elle veille au bon fonctionnement de l’agence, entretient chaque pièce, s’assure que rien ne manque, et que nos agents… » — il marque un temps — « …n’oublient pas de manger ou de dormir, ce qui arrive plus souvent qu’on ne le croit. »
Miss Moore incline légèrement la tête, humblement :
« Je ne fais que m’assurer que tout le monde soit en bonne santé, Monsieur Brown. Et que personne ne glisse sur vos satanés bottes pleines de boue. »
Elle vous adresse un sourire amusé, comme si elle avait déjà vu des dizaines d’équipes défiler, et qu’aucune ne parvenait à lui cacher quoi que ce soit.
Brown hoche la tête, presque admiratif :
« Ne vous fiez pas à sa gentillesse. Miss Moore connaît chaque couloir, chaque bruit, chaque ombre de ce bâtiment. Si quelque chose cloche quelque part, elle le sent avant nous tous. Elle est… comment dire… un garant essentiel du bien-être dans cette agence. »
La gouvernante reprend son seau, tapote votre bras du bout des doigts en passant :
« Si vous avez besoin d’une tasse de thé, d’un repas chaud ou simplement d’un endroit calme pour reprendre vos esprits… vous savez où me trouver. Les jeunes agents poussent toujours un peu trop. »
Brown poursuit votre visite comme si la présence de Miss Moore était une évidence naturelle :
« L’agence ne tournerait pas sans elle. Et je compte sur vous pour ne pas lui compliquer la vie. Suivez moi. »
La porte s’ouvre sur une pièce bien différente du reste du bâtiment.
Ici, tout respire la discipline, le secret… et le poids des décisions prises entre ces murs.
C’est une vaste salle lambrissée de bois sombre, parfaitement éclairée par un lustre élégant suspendu au plafond. Une grande table ovale trône au centre, entourée d’une douzaine de chaises capitonnées. De lourds rideaux encadrent une fenêtre où perce à peine la lumière grise du Miskatonic.
Des dossiers de cuir, des encriers noirs et plusieurs carnets vierges sont disposés avec un soin presque militaire. On ne parle pas beaucoup, mais on écoute. On note. On retient.
Miss White se tient sur la droite du Directeur, carnet ouvert, prête à retranscrire chaque mot.
Sa présence calme et professionnelle renforce la sensation que vous allez entendre quelque chose de grave.
Au centre de la pièce, debout, appuyé sur sa canne au pommeau vert, se tient Charles Clayton Brown.
Son visage, à moitié dissimulé par son cache-œil noir, est encore plus sévère sous les lumières chaudes du lustre. Ses cicatrices dessinent des ombres nettes, et sa chaîne de montre frotte doucement contre son gilet lorsqu’il inspire.
Il vous observe un instant, silencieux, mesurant chacun d’entre vous.
La signature du contrat
Miss White, élégante dans son tailleur impeccable, . Elle s'approche de chacun de nos héros et leur tend un contrat rédigé sur papier ministre, frappé du sceau discret de la SCEP. Une fois le contrat signé, elle donne à chaque héros sa carte personnelle d'agent de la SCEP.

« Mes amis,
merci d’être à l’heure et prêts pour cette nouvelle mission. Nous venons de signer un contrat très important avec La Fondation Caducée, spécialisée dans les missions humanitaires à haut risque. Ce contrat nous engage à accompagner une expédition médicale en Bolivie, dans une zone troublée entre la Bolivie et le Paraguay.
La région est en proie à la Guerre du Chaco, un conflit brutal qui oppose les deux nations pour le contrôle des terrains arides de cette vaste région. La Fondation a besoin de notre expertise pour assurer la sécurité et le bon déroulement de leur mission, tout en gardant l’œil ouvert sur des phénomènes qui dépassent le simple cadre militaire ou humanitaire.
Le contrat est juteux, c’est une belle opportunité pour la SCEP, mais aussi un défi majeur. Vous partirez de Boston demain, vous traverserez le continent pour rejoindre Asunción au Paraguay , puis utiliserez plusieurs moyens de transport adaptés – trains, camionnettes, peut-être même des bêtes de somme – pour atteindre le campement du docteur Arturo Ursini, un Italien réputé dans le milieu médical local.
De là, vous vous rendrez vers un poste médical avancé, non loin de la frontière bolivienne, où la situation est la plus critique. Le terrain sera difficile, les tensions palpables, et les dangers bien réels. Soyez prêts à toutes les éventualités, gardez confiance en vos compétences, votre sang-froid et votre esprit d’équipe.
Cette mission pourrait très bien vous mener à découvrir des secrets que personne n’aurait imaginés, en plus de votre devoir humanitaire. La fondation Caducée compte sur nous pour la protection des innocents, et peut-être préserver l’équilibre entre forces que le reste du monde ignore encore.
Préparez vos affaires, vos esprits et vos armes. Votre départ approche. Ce n’est pas qu’une expédition, c’est une aventure qui marquera l’histoire – et peut-être même le cours du destin.
Je compte sur vous. »

Cap au sud
Le lendemain, à l’aube, la brume du port de Boston se mêlait au grondement sourd des moteurs d’un Boeing 247 de dix places. Métal brillant, nez pointé vers le sud, l’avion ressemblait moins à un simple appareil qu’à une flèche destinée à transpercer le continent. Le 3 mars, à 8 h, il quitta le tarmac dans un rugissement de pistons et emporta les aventuriers vers La Havane, première étape d’un voyage qui, sur les cartes, n’était qu’une succession de lignes et de points, mais qui, dans les faits, deviendrait une semaine entière de fatigue, de chaleur et de doutes.
La Havane, puis Caracas, Cayenne, Bahia, Rio de Janeiro, enfin Asunción : à chaque escale, mêmes gestes, même rituel. Descendre, plisser les yeux sous une lumière trop forte, sentir sur la peau une chaleur nouvelle, s’installer dans un hôtel dont les draps n’avaient jamais la même odeur, écouter la ville respirer derrière les volets. Le 9 mars, lorsque l’avion se posa finalement sur le sol paraguayen, les aventuriers avaient l’impression d’avoir laissé plusieurs vies derrière eux, éparpillées dans les hôtels de tout un continent.
À l’hôtel, des chambres doubles avaient été préparées, sauf pour Siobhan, à qui l’on avait réservé une chambre simple. C’est là, dans un salon feutré où une lampe à abat-jour fatigué luttait contre l’obscurité, qu’ils rencontrèrent Quentin Shapiro. Costume froissé par les nuits blanches, lunettes légèrement de travers, Shapiro leur remit des laissez-passer sans un mot superflu, puis déroula devant eux l’itinéraire vers le camp du Dr Ursini, comme on déplie la mèche d’une bombe à retardement.
Vers Villarrica et le ranch
Le 10 mars, le train quitta Asunción au petit matin, glissant au nord dans un clac-clac régulier qui berçait le wagon comme un vieux chant de marche. La ville s’évanouit derrière eux, remplacée par les plaines rouges du Paraguay, balayées d’une lumière rasante qui faisait briller la poussière comme de la cendre encore chaude. L’air dans le compartiment sentait le bois, le charbon et une promesse qu’aucun d’eux n’osait formuler à voix haute.
Quand le train entra en gare de Villarrica, le soleil rougeoyant écrasait la petite ville d’une chaleur presque tangible. Une simple halle en bois, quelques caisses, des porteurs fatigués et une pancarte : « VILLARRICA ». En descendant, les aventuriers furent happés par une vague de chaleur sèche, chargée d’odeurs de terre cuite, de bois brûlé, et d’un parfum végétal plus âcre qui annonçait déjà la jungle. En face de la gare, une maison modeste, pancarte battue par le vent : « Pensión Casa del Sur ».
La pension, grande maison coloniale vieillissante aux poutres fatiguées, les accueillit comme on reçoit des cousins qu’on ne reverra peut-être jamais. Doña Benita, tablier fleuri, regard perçant, les examina en quelques phrases de la langue locale avant de conclure que Ramírez arriverait le lendemain. Ils décidèrent de passer la nuit là, dans un décor de bois usé, de musique à la harpe – au grand plaisir de Calum – et de plats locaux qui collaient à la mémoire autant qu’au palais.
Le lendemain, après un petit déjeuner solide, Ramírez apparut enfin, avec un camion qui semblait tenir autant par la rouille que par les boulons. Le trajet jusqu’au ranch fut poussiéreux, sec, ponctué de cahots qui rappelaient à chacun la fragilité de la mécanique et des vertèbres. La nuit au ranch, pourtant, fut simple et reposante : feu de bois, animaux regroupés, repas chaud offert par Don Soria et sa famille, salle commune pour les hommes, petite chambre isolée pour Siobhan et craquements du bâtiment qui semblait, lui aussi, écouter la nuit. Tout respirait la tranquillité, mais une tension sourde flottait dans l’air, comme si même les chevaux savaient que, plus loin, après le camp du Dr Ursini, quelque chose attendait.
La jungle se referme
Guidés par Antonio, les aventuriers quittèrent les dernières traces de civilisation pour s’enfoncer, à cheval, dans un Paraguay rude et sauvage. Deux jours entiers de marche monté, sous un soleil qui brûlait les épaules et asséchait les gorges, les menèrent loin des routes, loin de tout secours. La première journée fut une succession de plaines poussiéreuses, de buissons épineux, de rivières peu profondes où les chevaux s’abreuvaient tandis que, autour, des silhouettes animales disparaissaient à leur approche. La nuit, ils bivouaquèrent près d’un bosquet, enveloppés dans un concert d’insectes et de cris lointains que personne ne parvint à identifier.
Le deuxième jour, le paysage changea : le chemin se resserra, sinueux, avalé peu à peu par une végétation de plus en plus dense. La jungle étendait ses racines comme des pièges, chaque liane ressemblait à un serpent prêt à se réveiller, et l’air, chargé d’humidité, collait à la peau comme une seconde chemise. Antonio gardait le silence, l’œil aux aguets, comme s’il entendait des choses que les autres ne percevaient pas. Par moments, tous avaient la sensation désagréable d’être observés, bien qu’aucune silhouette ne se montre jamais entre les troncs ; seulement quelques branches brisées, des traces anciennes, et ce silence brutal des oiseaux qui n’annonçait jamais rien de bon.
En fin d’après-midi, la végétation s’ouvrit enfin sur une clairière où se trouvait, modestement dissimulé entre les arbres, le camp du Dr Ursini : un ensemble de tentes entourant un feu central. Antonio repartit avec les chevaux, les laissant seuls au bord d’un monde où la science, la superstition et la folie semblaient avoir décidé de se donner rendez-vous.
Le tir dans la jungle
Nous sommes le mercredi 15 mars 1933. Les aventuriers se réveillent vers six heures, effectuent une toilette sommaire, prennent un morceau de pain, une boisson chaude, puis préparent leurs affaires. La radio est confiée à Lucien, comme on confierait une amulette fragile chargée de la promesse d’un secours lointain. Moins d’une heure après avoir quitté le camp, la jungle s’est déjà refermée derrière eux, avalant le sentier et la lumière.
Autour, tout est vert, humide, trop vivant. Les ânes chargés de caisses médicales avancent d’un pas lourd, guidés par un jeune Quechua au torse nu, machette à la main. Les aventuriers portent leurs sacs, instruments, armes ; huit kilomètres les séparent du camp Quechua, mais, ici, huit kilomètres peuvent durer une éternité. L’air est saturé d’eau, la vapeur chaude colle à la peau, les chemises sont trempées avant même la première heure.
Les insectes ne sont pas un simple désagrément : ce sont des ennemis minuscules, insidieux. Ils bourdonnent autour des oreilles, s’infiltrent sous les manches, piquent à travers le tissu, vibrent à quelques centimètres du visage. Les arbres forment une voûte épaisse ; de rares rayons de lumière tombent sur la boue rouge, éclairant la scène comme si un projecteur invisible s’intéressait à ce groupe minuscule perdu dans l’immensité verte. L’odeur, mélange de terre mouillée, de feuilles pourrissantes et de sueur animale, enveloppe tout.
Un cri éclate soudain, quelque part au-dessus, sans qu’on puisse dire s’il vient d’un singe, d’un oiseau ou de quelque chose d’autre. Le son roule entre les troncs, se déplace, revient, comme si la forêt elle-même parlait. Puis un craquement à droite du chemin fait s’immobiliser le guide, machette levée. Tout s’arrête, sauf le souffle des ânes ; la jungle, elle, semble retenir son souffle. Puis, comme si rien ne s’était passé, la marche reprend.
La progression devient hypnotique : marcher, chasser les moustiques, respirer, écouter, recommencer. Les corps s’épuisent, les nerfs se tendent, certains trébuchent, d’autres jurent pour se donner du courage. Après deux heures, enfin, le guide s’arrête au bord d’un mince ruisseau couleur d’argile. Les ânes et les hommes s’abreuvent, s’asseyant sur des pierres glissantes, muscles tremblants, le silence soudain presque inquiétant après le tumulte des insectes.
C’est là que le Dr Arturo Ursini, médecin italien de trente-six ans, décide de briser le protocole. Il parle à Nathaniel, Jack, Siobhan, la voix chargée de doute, les mots s’échappant comme s’ils lui brûlaient la bouche : Caducée n’est pas l’organisation qu’elle prétend être, ils n’auraient jamais dû venir ici sans être introduits dans un cercle restreint. Il n’a pas le temps de finir sa phrase. Une détonation sèche déchire l’air ; une balle lui traverse le crâne et projette son sang sur Jack, qui n’a, pendant un instant, plus conscience de rien d’autre que de cette chaleur soudaine sur son visage.
La jungle explose en chaos. Les aventuriers se jettent à couvert, certains se découvrent une inconscience héroïque – comme Lucien – en prenant des risques insensés, d’autres se laissent guider par un instinct de survie brut. Les tirs fusent, les silhouettes se devinent entre les troncs, puis tombent. Quand le silence retombe, le groupe a pris le dessus ; parmi les corps gisent des soldats boliviens, ce qui n’a rien de logique en ces lieux.
Ils fouillent les affaires du Dr Ursini, récupèrent documents, arme, dynamite, sérums anti-venin, tout ce qui pourrait faire la différence entre la vie et la mort dans ce bout de monde qui n’appartient déjà plus à la raison.
Le camp médical et le singe à la montre étrange
Au camp, ils découvrent une scène dérangeante : les soldats ont déjà pris le contrôle des lieux, mais aucun ne semble blessé. Le Dr Gomez, Salvatorelli, l’infirmier Lorenzi se montrent accueillants, presque trop, répondant aux questions avec un sourire mesuré. En observant, en écoutant, les aventuriers comprennent que chaque matin, des groupes de militaires disparaissent dans la jungle pour des raisons jamais clairement énoncées.
Le soir, Lucien grimpe dans un arbre pour installer l’antenne radio. Dans l’obscurité, il distingue une boule de feu étrange se déplacer dans les branches. Il tire ; un singe tombe au sol, un objet inconnu attaché au poignet. Lucien le garde sans vraiment comprendre de quoi il s’agit, mais instinctivement, il sait que ce n’est pas un simple bibelot. Chaque soir, un compte rendu détaillé est transmis à Shapiro resté à Asunción, comme un fil fragile maintenant les aventuriers reliés au monde civilisé.
Le lendemain, armés de la carte trouvée dans les affaires d’Ursini, ils s’enfoncent de nouveau dans la jungle. Une grande plaque de pierre brisée laisse apparaître des marches qui descendent dans les profondeurs. Le groupe s’encorde, inventant un système pour pallier les marches cassées, et descend ainsi près de trois cents mètres, les lampes éclairant des fresques ophidiennes et des inscriptions en naacal qui semblent observer ceux qui les lisent.
Ils rattrapent les soldats qui, devant une autre glyphe, utilisent de la dynamite pour faire sauter une dalle. L’explosion ouvre un passage, mais réveille aussi quelque chose : des filaments étranges attaquent les militaires et les tuent un à un. Dans le même temps, un tremblement de terre secoue le sol. Les aventuriers, prudents, décident de ne pas s’engager aussitôt, d’attendre le lendemain et d’envoyer un message à Shapiro, avant d’organiser des tours de garde.
Au matin, les militaires restent au camp ; les aventuriers, eux, décident de prendre un autre chemin, en utilisant la rivière pour effacer leurs traces. Jack et Edward ouvrent la marche, Nathan ferme la colonne, veillant à ce que personne ne les suive.
Le temple de la Momie
Ils finissent par atteindre un lieu où la terre elle-même semble avoir donné naissance à une structure : un temple que l’on surnommera plus tard « le temple de la Momie », émergent du sol comme un souvenir de pierre. L’ascension jusqu’en haut ne leur oppose qu’une résistance modérée ; là, une porte massive, taillée dans la roche, les attend. Ils l’ouvrent et pénètrent sur un palier en forme de tête de serpent, d’où part un escalier en colimaçon plongeant dans les entrailles du temple.
Edward installe un piège à loup au début de la descente, au cas où ils seraient suivis. Jack et Edward ouvrent la marche, lampes tendues devant eux. Au détour d’un virage, Jack aperçoit une fissure étrange dans le mur droit, ainsi qu’un léger dénivelé au sol : un mécanisme de piège. Lucien, toujours prévoyant, marque l’endroit avec des cailloux qu’il avait glissés dans son sac, pour éviter qu’un faux pas ne mette fin à l’aventure.
En bas, un sifflement monte des murs, du sol et du plafond. Quand ils éclairent, ils découvrent un tapis de serpents de six mètres sur huit, vivant, ondulant. Edward reconnaît le terrible serpent corail, surnommé « le serpent 20 minutes », pour le temps qu’il reste à une victime après une morsure. Ils hésitent, cherchent, puis envoient Siobhan escalader la paroi avec une corde imbibée d’essence.
L’escalade se déroule sans encombre, mais l’idée de n’enflammer que la corde ne suffira pas à ouvrir un passage pour tous. Alors vient l’idée d’imbiber de tissu les lames de machette et de les enflammer. Ces torches improvisées suffisent à repousser la nuée de serpents, permettant au groupe de traverser ce tapis mortel.
Ils débouchent dans une grande salle, dominée par un cône de pierre au centre. Au sommet du cône, un trône sur lequel une silhouette immobile les attend. Pour entrer dans la salle, il faut passer au-dessus de la gueule sculptée d’un serpent qui projette un rayon vert, né de deux gemmes luisantes, grosses comme des ballons de football.
Jack, toujours tenté par l’expérience, passe sa main dans le rayon. Une douleur fulgurante le fait reculer ; pourtant, aucune brûlure n’est visible. À l’examen, le Dr Keller ne constate qu’une chose : certains endroits de la main de Jack sont désormais recouverts d’écailles, comme si quelque chose d’ancien venait de se réveiller en lui.
Lucien grimpe sur la tête du serpent et, à coups de machette, parvient à déloger les gemmes. Celles-ci roulent au sol, le rayon disparaît, et avec lui la menace invisible. Jack récupère l’une des gemmes, avec cette fois la prudence de ne pas la toucher directement ; Calum fait de même avec l’autre.
Ils fouillent la salle mais ne trouvent rien d’autre que ce cône central. Ils montent jusqu’au sommet ; quand l’un d’eux touche la femme assise sur le trône, elle se réduit en poussière, et des vibrations montent du sol. Le cône commence à s’effondrer. Jack décide de descendre ; au milieu de la confusion, une queue gigantesque jaillit du bas du cône, le trône s’écroule à son tour, révélant un trou suffisamment large pour qu’une personne y plonge. Lucien s’y jette le premier, suivi par Edward, Alexandre et Emil.
La chute et la salle de la Momie
Pendant ce temps, Jack, Nathan, Nathaniel, Siobhan et Calum descendent les marches et se retrouvent face à un serpent géant de près de trente mètres de haut. Des tirs éclatent derrière eux : les militaires du camp viennent de les rejoindre, l’un boitant lourdement – souvenir du piège à loup d’Edward. Nathan tente de lancer de la dynamite vers la tête du monstre, mais les projectiles n’atteignent pas leur but ; les balles, elles, ricochent sur sa peau écailleuse.
Ceux qui ont sauté atterrissent cinq mètres plus bas dans une eau d’un bon mètre vingt de profondeur. Ils se retrouvent dans une salle circulaire d’environ trois mètres de diamètre. Sur un bloc de pierre repose une femme à la peau écailleuse, figure de gisant inquiétant ; à sa tête, un coffre de pierre. Alexandre et Emil inspectent la pièce et y découvrent un mécanisme ouvrant une porte dérobée.
Emil ausculte la « Momie » : elle est vivante, mais plongée dans un sommeil profond. Lucien ouvre le coffre et met la main sur un fouet étrange, un sceptre en or orné d’un serpent lové, une pierre blanche, des vêtements et une boîte en bois vide. En touchant le sceptre, Lucien se fige, yeux révulsés, comme sous l’emprise d’une force ancienne. Lorsque les autres le libèrent de cette transe, ils rangent les artefacts et le parchemin trouvé avec eux dans leurs sacs ; Edward garde le fouet, comme si la chose l’avait choisi.
Ils enveloppent la Momie dans les vêtements du coffre et se glissent tous par la porte dérobée. Au moment où Nathan s’apprête à les suivre, il entend et voit des soldats entrer dans la pièce ; il referme la porte et rejoint les autres.
Fuite et épilogue
Tous foncent vers le camp. Le Dr Gomez leur indique un petit avion non loin de là. Ils y transportent leurs affaires et la Momie, pendant que Lucien prend place aux commandes. Au moment du décollage, les soldats surgissent et ouvrent le feu ; les balles ricochent sur la carlingue comme sur une armure improvisée, mais l’appareil prend de la hauteur et s’arrache à la jungle.
L’atterrissage à Asunción se déroule sans incident. Shapiro les attend sur le tarmac, silhouette tendue, regard sombre. Il ne pose presque aucune question ; il les fait embarquer aussitôt, eux et la Momie, dans un nouvel avion, cap sur New York. L’« aventure bolivienne », comme ils la nommeront plus tard, se termine là. Mais à bord de l’appareil, chacun sent confusément et fatigués.
Galerie
Quelques images marquantes de cette aventure Bolivienne








